Rabîndranâth Tagore - Mon propre nom est une prison
29.
Mon propre nom est une prison, où celui que j’enferme pleure. Sans cesse je m’occupe à en élever tout autour de moi la paroi ; et tandis que, de jour en jour, cette paroi grandit vers le ciel, dans l’obscurité de son ombre je perds de vue mon être véritable.
Je m’enorgueillis de cette haute paroi ; par crainte du moindre trou, je la replâtre avec de la poudre et du sable ; et pour tout le soin que je prends du nom, je perds de vue mon être véritable.(1)
1. Rabîndranâth Tagore, L’Offrande lyrique, suivie de La Corbeille de fruits, Éd. Gallimard, coll. Poésie